Sélectionner une page

L’ART ET LA MANIÈRE OU, DE LA COMMUNICATION ÉMOTIONNELLE

La communication émotionnelle (CE) est une approche de la communication qui s’appuie sur le concept d’intelligence émotionnelle popularisé par l’écrivain et psychologue américain Daniel Goleman dans L’Intelligence émotionnelle paru en 1995 aux Etats-Unis et en France en 1997. L’idée était de dépasser le traditionnel quotient intellectuel (QI) comme moyen de mesure de l’intelligence et de comprendre quelles qualités expliquaient les réussites professionnelles et personnelles.

L’art est au QI ce que la manière est à la CE. Le savoir faire est à la raison, à la technique, à la science, ce que le faire savoir est à la manière, à la forme. La CE est à l’image ce que message est à l’information. Vouloir avoir toujours raison avec votre épouse ou vos enfants c’est courir à l’échec. Ce qui importe c’est de vivre ensemble. De même dans la vie professionnelle, une équipe fonctionnant avec des relations seulement fondées sur l’autorité ne peut se développer et assumer ses missions avec succès. La raison et l’autorité sont nécessaires mais insuffisants.

La CE dans la vie courante, économique et sociale optimise l’équation personnelle des individus en maitrisant les éléments non-verbaux du message. Elle s’attache plus à la forme qu’au fond. La forme c’est 95% des informations perçues par le récepteur du message.

Vous pensez émettre des messages obéissants aux lois de la connaissance. Or la réception du message est rarement le reflet de l’émission car elle obéit aux lois de la reconnaissance. En fait, autrui perçoit un faire savoir, un parfum, une couleur de cravate, un timbre de voix, un mot déplacé, une faute d’orthographe, une calligraphie peu lisible, des bras croisés, une attitude, une intention ou un regard. L’autre vous situe également, a priori, au sein d’un ou plusieurs réseaux sociaux qui lui sont plus ou moins proches.

Si l’attention de votre interlocuteur est distraite par ce qu’il perçoit comme une faute de goût, s’il ne se sent ni écouté, respecté ou reconnu par vous, il ne peut adhérer à votre parole, aussi juste soit-elle. J’emprunte à la vie politique un exemple car l’image du candidat l’emporte le plus souvent sur sa thèse: Aux présidentielles de 2002, les thèses défendues par MM. Le Pen et Mégret étaient très proches sur le fond. De même celles défendues par MM. Besancenot et Gluckstein. Et pourtant environ dix fois plus d’électeurs ont fait confiance à l’un plutôt qu’à l’autre partisan d’une même politique. En 2012, les successeurs de M. Besançenot et Mme. Laguiller sont très loin dans les sondages des scores réalisés en 2007. Les thèses sont les mêmes mais les images des candidats et les identifications qu’elles suscitent sont différentes.

Savoir s’exprimer en public ou en privé en toutes circonstances, recevoir ou séduire avec plus de conviction, obtenir une légitime promotion professionnelle, participer avec succès à une élection, sont les champs privilégiés de la CE. Un autre exemple : Entre « tu ne restes pas dîner ?» et « j’aimerai que tu partages notre dîner » adressé à une relation de passage chez vous et sur le départ, la seconde formulation est une invitation plus efficace sinon plus sincère. Le registre du vocabulaire, le choix du premier mot, l’emploi de formules négatives, l’usage du pronom impersonnel, changent la perception qu’autrui a de votre message. Un personnage de Labiche dans Moi disait qu’un égoïste était quelqu’un qui ne s’intéressait pas à lui.

L’information est trop abondante dans un monde de plus en plus complexe. Vérifier les propos des uns et des autres demanderait trop de temps alors même que les experts sont souvent en désaccord sur des sujets économiques pourtant essentiels. C’est en fonction du sentiment de confiance que nous inspire l’auteur des propos que nous nous décidons et votons. La confiance c’est subjectif et le subjectif c’est le champ des émotions. Elles se maitrisent, se contrôlent et se manipulent. La CE est un outil. Votre éthique est sa seule limite.