Sélectionner une page

Je suis citoyen du numérique et le numérique a un avenir infini car l’humain est un être d’infini désir. Nous vivons toujours d’amour et d’eau fraîche. L’eau fraîche sera de plus en plus chère et l’amour de plus en plus nécessaire car sans prix sinon gratuit.

L’économie est la science de la gestion des ressources rares. Le monde dit réel est celui de l’économie. Les matières premières naturelles sont rares, certaines en disparition telles le pétrole ont un prix de marché et l’air pur sera bientôt un produit marchand. Il ne vous a pas échappé que l’eau fraîche se paie déjà mais pas encore l’amour. J’ai entendu ce matin à la radio que le sang sera un jour un produit marchand même en France où la loi et l’éthique s’y opposent encore. Les produits et services se paient car ils sont rares.

Le monde dit virtuel est celui du symbolique, du tout est possible, du rêve, du cauchemar parfois, mais toujours de la recherche du comblement du manque. Le minitel rose et les sites de rencontres sont des plus rentables. Car le désir humain est infini. L’amour, la tendresse, le plaisir de lire, de voir un film, d’entendre la musique, le besoin de sociabilité, de donner, d’échanger et de reconnaissance sont infinis. C’est pour cela que l’amour n’a pas de prix et qu’il se doit d’être gratuit. C’est parce que le désir est infini que le plaisir doit être gratuit et que le jouisseur (le consommateur du plaisir) bravera l’interdit et que toutes les digues légales ne seront que des châteaux de sable face à la marée montante.

C’est parce que le besoin de vivre dans un monde idéal où tout le monde il est beau et tout le monde il est gentil existe, car la vie réelle est agressive, compétitive et égoïste, que le numérique est notre avenir et que le don sera le sésame d’entrée. Sur les réseaux il convient de donner d’abord pour recevoir ensuite. C’est parce que l’humain a besoin d’avoir une image gratifiante de lui-même et espère s’exonérer ainsi, parfois, de son absence de générosité dans la vie réelle que le don en premier récompense in fine le membre du réseau social. C’est le besoin de vivre dans une société idéale qui fait le succès des réseaux sociaux. On vient au secours, on conseille l’inconnu sur la toile, on donne de soi et, l’écran éteint, on ignore son voisin de palier qui souffre et à qui on prête à peine alors que c’est parfois la même personne.

Pour autant la gratuité pour le consommateur ne signifie pas que le service s’exonère des lois de l’économie et que le consommateur ne le paie pas à terme ou sous une autre forme. La publicité ne suffit pas à payer actionnaires, serveurs, informaticiens et canaux distributeurs. Les données sur les jouisseurs, les résultats des fausses enquêtes et prétendus débats sur les réseaux sociaux sont vendus à des sociétés de marketing, les logiciels gratuits car amortis sont des produits d’appels pour des versions d’autant plus onéreuses que plus spécifiques, les parts de marchés conquises et les coûts d’entrée seront payées au prix fort par les challengers car, comme le disait Steve Jobs ce n’est pas au consommateur de savoir ce qui est bon pour lui. La gratuité n’existe pas, ni aucun acte gratuit n’en déplaise à Gide dans son bien nommé roman « Les faux monnayeurs ».

Quel parent, mari, amant ne pense-t-il pas que son amour est infini donc gratuit? Et le plus vieux métier du monde ne souffre-t-il pas encore de l’opprobre d’être entré dès l’origine dans l’économie marchande ? L’amour, la tendresse, le respect ne peuvent avoir de prix sinon celui de la dignité de l’humain. Qu’une action ne coûte pas ne veut pas dire qu’elle soit sans cause et n’ait pas infiniment de prix.

C’est pour toutes ces raisons que je me sens citoyen du numérique.

En réponse à un article de Eric Messeca, publié sur Viadeo, le 25 novembre 2011.