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FORCE DE L’INATTENTION ET FAIBLESSE DE L’ANALYSE.
A propos de quelques paradoxes et d’un billet de Paul Seabright, professeur à l’Ecole d’Economie de Toulouse, dans Le Monde du 14 septembre 2010.

C’est un premier paradoxe que tous les usagers des réseaux sociaux découvrent avec stupéfaction. Qui n’a jamais pu obtenir de rendez-vous, ou tout autre service, suite à une demande à un ami proche, (si on a eu assez d’humilité pour oser lui demander une aide) est qui a été sidéré par la facilité avec laquelle un inconnu avec lequel il a à peine échangé quelques messages sur Viadéo (ou tout autre réseau social) le recommande auprès d’une personne qu’il cherchait à contacter, et que cette dernière le reçoive rapidement, comprendra combien le réseau est puissant et désormais incontournable. Un inconnu nous aide plus qu’un proche avec lequel nous avons partagé des nombreux moments et émotions !

Le second paradoxe est illustré dans l’univers de la publicité, discipline qui entre dans le champ de l’économie de l’information. « Plus il est facile de communiquer, plus il est difficile de se faire entendre dans la cacophonie qui en résulte. Les créateurs de spots connaissent parfaitement ces caractéristiques. Les spots créatifs (drôles, sympathiques, parlant de tout et de n’importe quoi, sauf du produit que l’on cherche à vendre) sont souvent plus efficaces pour inciter à acheter le produit en question. » Vous avez peut-être été surpris par les nouvelles publicités de Renault. Ce n’est qu’au dernier moment que l’on apprend que la probabilité de gagner une Renault est plus grande que celle de telle ou telle autre péripétie vécue par le protagoniste du spot.

Y a-t-il une explication scientifique à ce phénomène et comment peut-on le maîtriser pour en obtenir un maximum de bénéfices ?

Paul Seabright nous informe que des chercheurs de l’université de Bath, au Royaume-Uni, ont montré que « les spots les plus efficaces sont ceux auxquels le spectateur est le moins attentif ! Car son attention lui permettrait d’évaluer de façon logique les qualités du produit, et en l’occurrence de voir plus facilement ses faiblesses. Pour qu’il achète le produit, il faut tout sauf ça, d’où l’importance de créer une ambiance drôle et agréable, permettant à son attention de vagabonder ailleurs. »

Avez-vous pris plaisir à la lecture de mon billet ? N’y réfléchissez surtout pas trop !

Moralité, sur les réseaux sociaux, si vous voulez vendre quelque chose parlez d’autre chose, ne laissez pas la logique et l’esprit critique entrer en action, contentez-vous de laisser une impression agréable dans l’esprit de votre interlocuteur. Si vous voulez convaincre quelqu’un de votre talent parlez-lui du sien et de tout ce qui peut lui faire plaisir, faites-le rire ou sourire, il se souviendra de vous. Nul n’a la capacité d’évaluer la pertinence de centaines de messages et de mesurer logiquement leurs avantages comparatifs. Il est donc inutile d’être génial et pertinent sur le web, il suffit d’être associé à des sensations agréables ?

Les liens forts sont donc faibles car ils font intervenir des sensations confortées par des années de relations que la logique et l’expérience ont analysées et filtrées. Un proche ne s’engagera pas facilement dans une recommandation car il a trop peur que cela se passe mal, que vous lui en teniez rigueur et que cela perturbe votre relation. Un inconnu s’en moque et n’a rien à perdre. C’est là que réside une des causes profondes du développement des réseaux sociaux.