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On ne parle pas toujours de soi mais c’est toujours le soi qui parle. Ce qui
peut se dire d’une personne est également vrai pour une institution (les
médias, l’opinion publique d’un pays).

Une nouvelle identité de candidat aux primaires américaines est née. La
presse unanime, et pas seulement les titres marqués par une culture d’analyse
et d’interprétation marxiste des faits, les radios, les télévisions
caractérisent systématiquement Donald Trump de milliardaire. Il n’en va pas
de même chez nos voisins allemands qui n’accolent le plus souvent aucun
qualificatif et parfois celui de magnat de l’immobilier ou de tycoon.

Le 11 septembre 2011 c’était Ben Laden qui était qualifié de milliardaire,
comme si la révolte et la volonté de détruire étaient compréhensibles
pour les damnés de la terre, pour les pauvres. Comme si ces actes étaient
encore plus odieux et incompréhensibles si commis par des élites
économiques. Accoler le qualificatif monétaire traduisait le désarroi de la
pensée et son impuissance à définir une action. La vision du monde des
médias est conditionnée par une vie marquée par le tiraillement entre le
sentiment que le nec plus ultra se chiffre, que l’argent est la mesure du
bonheur, qu’un individu riche (pas un millionnaire, mais un milliardaire) a
atteint le sommet de la gloire et l’idée que la propriété c’est du vol, que
la richesse ne peut être que mal acquise, que le pauvre l’est car exploité
et que tout cela est héréditaire donc permanent pour cause de reproduction
endogamique des élites.

C’est un phénomène du même ordre que le déni devant la puissance du fait
religieux , très bien analysé par Jean Birnbaum dans « Un silence
religieux ». La génération intellectuelle issue du baby boom ne peut
comprendre le fait religieux, qui sous-tend le djihadisme, qu’à travers une
lecture marxiste. La religion reste l’opium du peuple pour les commentateurs
alors qu’elle est devenue son héroïne. Les masses laborieuses et exploitées
en seront sevrées quand les conditions économiques de production le
permettront. En attendant luttons contre la misère des cités et faisons
taire ceux qui disent la vérité afin de ne pas compromettre la lente
maturation de notre fragile melting pot.

Quant à Donald Trump, dont le prénom aurait pu être associé comme dans la
famille de Mickey à Picsou (également très riche), ce qui n’aurait fait que
sourire, on aurait pu dire bien d’autres choses. Ce qui est signifiant ce
n’est pas tellement ce que l’on dit mais ce que l’on masque en le disant.

Il n’est presque venu à l’idée de personne de noter que Donald Trump ne
coûtait pas un centime à la collectivité, qu’il amenait à la démocratie
et au bureaux de votes de nombreuses personnes qui ne se reconnaissaient pas
dans les élites et qui ne participaient pas à la vie démocratique
auparavant, qu’il finançait seul sa campagne, qu’il s’impliquait entièrement
dans ce qu’il faisait et que c’était son propre argent, contrairement à ses
challengers, qu’il risquait, qu’il était indépendant de toutes les
pressions, que le Great Old Party n’avait guère de prise sur lui (ce qui le
met dans un profond désarroi et sonne le glas d’un système institutionnel
périmé).
Il n’est presque venu à l’idée de personne de qualifier Madame Clinton (il
est vrai qu’elle n’est que millionnaire) de conférencière zélée des
milieux d’affaires.

Deux reproches sont le plus souvent adressés à Donald Trump : le manque de
programme cohérent et les contradictions ou mensonges assénés durant les
primaires. Ces reproches reposent sur 2 idées fausses.
La première idée fausse est qu’il faille avoir un programme alors que ce
qu’il faut c’est, dans un premier temps, remporter les primaires. En France
aussi il y a une stratégie de premier tour qui est différente de celle du
second tour.
La seconde idée fausse est qu’il ne faut pas mentir ou dire des
contre-vérités alors que les promesses n’engagent que ceux qui y croient.
Demandez aux frondeurs s’ils se sentent en accord avec la politique du
gouvernement qui a permis leur élection. Pour un élu qui quitte son parti
tout en gardant ses prébendes, combien continuent à manger de la soupe !Si
les candidats appliquaient leurs programmes cela se saurait et les crises sont
fort heureusement là pour justifier les changements de cap(s). Et si, une
fois désigné par la convention Donald Trump reconnaissait qu’il avait tenu
des propos de campagne et qu’il réussissait à rassembler ; nous serions en
mauvaise posture pour l’avenir.

Ce que la presse française retient de la campagne américaine c’est ce
qu’elle ne dévoile pas de la politique française. Comment peut-on être
Persan dirait Montesquieu. Ainsi la vision condescendante du populisme de
Donald Trump par les médias nationaux n’est-elle que ce sein que je ne saurai
voir du populisme de nos candidats. Les ruades, indépendantes du Parti
Républicain, du candidat américain ne sont que les derniers soubresauts d’un
système de désignation des candidats par les partis à bout de souffle. En
France on s’interroge même sur la nécessité de soumettre le Président
sortant à des primaires.

Les médias souvent prompts à rappeler la présomption d’innocence
n’appliquent pas ce prudent précepte à la campagne des primaires. Donald
Trump n’est pas encore Président et il n’a encore rien fait. Attendons de le
juger sur ses actes. D’ici là balayons devant notre porte en reconnaissant le
mérite d’un candidat qui s’implique avec ses deniers, (sans être en
disponibilité d’un Corps qui lui assure sa sécurité) qui a su créer de la
valeur dans l’immobilier, (alors que les élus du monde de l’entreprise font
de la figuration dans nos parlements au même titre que ceux issus de la
diversité) qui attire des foules jusque là réfractaires aux usages
démocratiques (alors que le rejet des élites ressenti par les masses
populaires les éloigne de la vie démocratique) et qui a des chances d’être
le prochain Président de la première puissance mondiale. N’allons pas
chercher des Persans pour caricaturer nos propres institutions.