Sélectionner une page

A 70 ans ton ticket est encore valable aurait pu dire Romain Gary.

Notre manière de penser et de voir le monde est basée sur la logique du tiers exclu, c’est à dire selon une logique binaire, blanc ou noir, vrai ou faux. Il en va différemment dans les pays anglo saxons qui sont plus proches d’une vision fondée sur ce que les mathématiciens appellent la logique floue. Les choses sont en même temps (ce qu’a bien compris E. Macron) un peu blanches et un peu noires, un peu vraies et un peu fausses, ce n’est pas oui ou non mais oui à 60% et non à 40%. La réalité est multi-factorielle et chaque facteur appartient à plusieurs univers.

En France nos décideurs sont formés sur le mode de la logique du tiers exclu. Ecole d’ingénieurs, ENA, haut fonctionnaire, banquier voilà le cursus classique. Dans la vie réelle, IRL, (in real life) essayez d’avoir raison avec vos enfants, vos collaborateurs, votre épouse pour vivre. En sciences exactes le savoir est essentiel mais dans la vie c’est la connaissance qui prévaut. Avoir trop souvent raison est un grand tort disait Edgar Faure. Avec les siens il faut vivre, avec les sciences dures il faut avoir raison.

Pourquoi cette longue entrée en matière pour parler des seniors? Pour valoriser le fait qu’ils ont vécu, ont eu une longue expérience du réel et une connaissance de la vie que le jeune sachant, aussi brillant et bien formé soit-il, n’a pas. J’entends connaissance d’une manière proche du sens étymologique, naître avec.

Cette fréquentation du réel, cette cohabitation, pendant des décennies, c’est le capital immatériel le plus riche du sénior. Ce sont tous ces softskills (par opposition aux hardskills fruits du savoir et des techniques) qui font du retraité une ressource de grande valeur, un contrepoint à l’arrogance du pur savoir et un pont entre les générations.

Abandonner à 55, 60, 65 ans son statut social, pour retrouver à plein temps sa vie familiale, ses délices et répétitions, pour cultiver son hobby hiberné le temps d’une vie professionnelle c’est admettre que l’essentiel n’était pas dans la création de valeur et de sens procuré par sa carrière. C’est un choc, un désespoir, parfois mortel, l’acceptation d’une perte alors que chacun de nous a un besoin d’exister, de laisser une empreinte et que chaque senior a tant à donner car il a tant appris.

Chaque senior est un accélérateur d’humanité. C’est le moment de rendre plus à la Vie que ce qu’elle nous a donné. On ne vit que 2 fois et c’est cette seconde vie la plus intense car nous n’avons plus rien à perdre.